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Les articles de Caroline LHOMME

Après avoir travaillé une quinzaine d'années dans l'édition, Caroline LHOMME, une rupture d'anévrisme lui a fait découvrir le monde du handicap.Aujourd'hui, elle profite de cette expérience douloureuse mais finalement très riche pour écrire sur des sujets très variés.

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Interview de Laure Beyret, syndicat FO

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 L’INJS constitue un maillon essentiel de la mise en place de l’école inclusive. Il accompagne les jeunes sourds scolarisés en milieu “ordinaire” en leur permettant de s’y préparer et de répondre aux besoins particuliers de certains jeunes sourds. Car pour beaucoup d’entre eux, les collège ou lycée « ordinaires » n’ont rien d’évident et nécessitent une préparation et/ou des adaptations importantes. Le développement d’une Ecole plus inclusive ne saurait donc se faire sans le maintien de moyens d’accompagnement et de scolarisation suffisants et adaptés. ’intersyndicale (FO-UNSA) a appelé mardi 8 décembre 2020 à une journée de grève et de mobilisation contre le projet de réorganisation de l’Institut national de jeunes sourds de Paris (INJS) qui met à mal la qualité de l’accompagnement et de la scolarisation des jeunes sourds. En 2017, les personnels s’étaient déjà mobilisés suite à l’annonce d’une baisse importante de la subvention de l’État. Depuis, le nombre d’agents n’a cessé de diminuer (baisse de l’effectif de 10 équivalents temps plein en quelques années) alors que le nombre d’élèves suivis augmente. La mise en place du nouveau projet d’établissement, qui doit s’appliquer le 1er janvier 2021, va s’accompagner d’une véritable restructuration des services et faire encore baisser les moyens d’accompagnement des jeunes sourds. Le service éducatif est particulièrement touché avec la suppression de deux postes de conseiller technique de service social (CTSS). Il ne resterait qu’un seul chef de service pour gérer les 240 élèves et familles ainsi que 50 professionnels. Au service pédagogique également, une baisse du nombre de postes est constatée, alors que certains jeunes n’ont pas d’accompagnement suffisant. Par conséquent le malaise est très grand chez les professionnels de l’INJS, car les conditions de travail, déjà dégradées depuis des années, pourraient encore se détériorer. De nombreux agents sont en difficulté, voire en souffrance, certains sont en arrêt de travail. De plus, les différentes interpellations des organisations représentatives du personnel sur la nécessité d’un dialogue social sincère sont restées lettre morte. Aucune des propositions de l’intersyndicale pour contrer les effets les plus délétères de la réorganisation prévue par la direction, n’a été retenue en Comité Technique d’Etablissement. Les représentants des personnels ont aussi alerté la direction des ressources humaines du ministère des Affaires Sociales et la DGCS, en exprimant de graves inquiétudes concernant le maintien de la qualité de l’accompagnement éducatif et pédagogique offert aux jeunes et à leurs familles. Mais aucune entrevue ne leur a été accordée, malgré une grève très suivie le 2 novembre dernier (30% de grévistes) et une pétition demandant à la direction de renoncer à la suppression des postes signée par plus de 120 salariés sur 216.

Rencontre avec Laure Beyret, représentante Force Ouvrière du personnel de l’INJS :

1/ En quoi consiste le projet de réorganisation de l’INJS ?

Dans le cadre du nouveau projet d’établissement (2020-2025), la direction a décidé de restructurer certains services par pôles. Cette réorganisation a des éléments intéressants. Par exemple, l’accent est mis sur le développement du « patrimoine et de la culture sourde ». Par contre, l’actuel service éducatif qui comprend 2 chefs de service ayant pour fonction « Conseillers Techniques de Service Social » (CTSS) se verrait amputer d’un membre. Ce chef de service restant n’aurait pas forcément le statut de CTSS.

2/Qu’est-ce qui vous contrarie dans ce projet ?

Cette modification est particulièrement néfaste pour plusieurs raisons : Elle sera effective dès le 1er janvier 2021, en plein milieu d’année scolaire et de crise sanitaire. Il est prévu de redispatcher certaines missions exercées par les CTSS sur des éducateurs spécialisés sans renforcement des équipes. Il n’y a eu aucune préparation des équipes. Ainsi à moins de quinze jours des congés scolaires (et donc de cette réforme), nous ne savons toujours pas qui gèrera ce service, quelles missions seront redispatchées, comment le service sera réorganisé… Ce chef de service gèrera seul 240 familles et élèves ainsi que 50 professionnels. Il y a un fort risque de déstabilisation voire rupture du service rendu aux jeunes et aux familles. Il est à craindre également que cela ait des répercussions sur les autres types de suivi des jeunes. Sans tenir compte de la vacance d'un poste de Directeur des Enseignements à partir du 1er janvier 2021 (départ annoncé récemment), il est certain que si le suivi éducatif et social des jeunes s'altère, ces missions devront être gérées par les enseignants, les codeurs et les interfaces de communication, les orthophonistes… Or, les équipes sont déjà en tension face à une baisse des effectifs (perte de 10 ETP sur l’ensemble de l’institut en 5 ans) alors que le nombre d’élèves suivis augmente (243 actuellement contre 223 en 2016). Les profils et situations des jeunes se complexifient. Les professionnels doivent intervenir sur davantage de sites scolaires. Or, pour le développement d’une école plus inclusive, il est nécessaire d’avoir des professionnels qualifiés et en nombre suffisants pour répondre aux besoins des jeunes. Certains types d’accompagnement comme celui dispensé par les éducateurs ne trouvent pas de pareil du côté de l’Education National. Ainsi, même si l’EN en avait les moyens, elle ne pourrait pas forcément répondre à ce type de besoin.

3/ que proposez vous à la place ?

Pour nous, la méthode n’est pas bonne. Il aurait fallu, en équipe, partir des besoins des jeunes et définir les tâches exercées par les CTSS. Ainsi, il aurait été possible de voir si des tâches pouvaient être exercées par des éducateurs spécialisés et quantifier en fonction les moyens nécessaires à mettre en place pour que le travail puisse se faire dans de bonnes conditions à savoir supprimer un poste de CTSS en renforçant les équipes de terrain ou maintenir les 2 postes de CTSS. Plus largement, le dialogue et la prise en compte des avis des professionnels n’est pas au rendez-vous : cela génère de la frustration, de la colère… Il est important, pour le bien des jeunes et de l’institut, que des échanges constructifs et partagés soient rétablis.

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