
Face à mon objectif, j’observe les gens se déplier, oser se montrer, raconter leur vérité.
Mais je crois que je n’en avais pas encore mesuré toute la portée. Jusqu'à l'année dernière.
Une femme est entrée dans mon studio. Elle était grande brûlée.
Je savais qu’elle avait peur d’être regardée. Et en même temps… qu’elle en avait profondément envie.
Je me souviens m’être dit : là, il ne s’agit plus de faire une belle photo.
Il s’agit de ne pas détourner les yeux.
De la regarder comme une femme.
Pas comme une brûlée.
Nous nous sommes apprivoisées
Et au fil de la séance, son corps s’est détendu.
Elle a commencé à bouger différemment.
À prendre de la place.
À un moment, elle s’est libérée face à l’objectif et elle s’est mise à danser.
Et ce jour-là, j’ai compris le pouvoir du regard.
Qu’il pouvait vraiment apaiser.
Réparer, parfois.
Et redonner une place.
Marquée par cette rencontre, Amélie a décidé de lancer le projet « Comme toi », une série de portraits photo et vidéo de femmes porteuses de différences visibles.Face à une différence visible, le regard s’arrête.
Un fauteuil roulant.
Une cicatrice.
Une particularité physique.
Nous jugeons tous et ce premier regard n’est pas neutre :
Un regard peut blesser, réduire, enfermer.
Mais il peut aussi reconnaître, apaiser, réparer.
Depuis toujours, Amélie Marzouk interroge la manière dont le regard façonne nos perceptions et nos relations. C’est de cette réflexion qu’est née “Comme toi”. Une série de portraits et de témoignages vidéo consacrée aux personnes porteuses de différences visibles. Un projet artistique et sociétal pour faire évoluer les représentations, faire changer le regard sur les personnes en situation de handicap.