
1/ Comment avez-vous commencé à vous intéresser au parasport ?
Mon chemin vers le parasport est avant tout une histoire personnelle. J’ai été diagnostiqué autiste avec un haut potentiel intellectuel après avoir passé une quinzaine d'années dans des milieux professionnels intenses et exigeants : le conseil, l’automobile, la technologie. Sur le papier, ma mémoire, ma logique et ma rigueur fonctionnaient à plein régime. Mais dans la réalité quotidienne du bureau, les choses étaient bien plus rudes : le second degré, un environnement de travail pas adapté aux spécificités de l’autisme, les codes sociaux informels ou la communication non verbale… Tout ce monde implicite que je ne parvenais pas à décoder a rendu mon inclusion difficile. Plutôt que de garder de l'amertume face à ces obstacles, j’ai choisi d'en faire un tremplin. J’ai pris le recul nécessaire pour capitaliser sur mes forces — la stratégie, l’ingénierie, la gestion de projet — et les mettre au service de ce qui me tenait profondément à cœur : un projet à fort impact, humain, utile et concret, tourné vers les personnes en situation de handicap. C’est cette envie d'action qui m’a guidé vers le handicap, puis vers la boxe adaptée et la handi boxe via le programme « Boxe pour Tous » de l’Association Apollo.
Au départ, l'idée de faire monter sur un ring des personnes vivant avec un handicap pouvait surprendre. Pourtant, le déclic a été immédiat, presque magique. Entre les cordes, tout s'éclaire : il n’y a plus de faux-semblants, plus de pièges sociaux. Les règles sont claires, les consignes sont directes, et l'espace est profondément rassurant et bienveillant. J’ai vu des jeunes d'IME, des résidents de foyers ou des travailleurs d’ESAT transformer leur quotidien : apaiser leurs angoisses, se réapproprier leur corps, canaliser leur trop-plein d'énergie et, surtout, développer leur estime d’eux-mêms et le lien avec les autres. Quand vous vivez de tels moments d’émancipation et que vous réalisez en parallèle que seuls 47 % des citoyens en situation de handicap ont accès au sport, contre 80 % pour le reste de la population, vous ne pouvez pas rester les bras croisés. C'est devenu une évidence : c’était exactement là, sur ce terrain d'inclusion, que je devais investir toute mon énergie d'entrepreneur social.
2/ De quelle façon peut-on réussir des projets liant sport et handicap ?
Ce décalage de pratique entre les personnes en situation de handicap et le reste de la population ne s'explique absolument pas par un manque d'envie, mais par un angle mort structurel : le manque de passerelles concrètes entre le mouvement sportif et le médico-social et, la difficulté d’accès aux lieux de sport, qui pèsent respectivement à 70% et 30% dans les freins à la pratique sportive chez les personnes en situation de handicap (Rapport de la Direction Jeunesse & Sports de la Ville de Paris - Février 2024). Après sept ans sur le terrain et plus de 1 000 parcours d’accompagnement chaque année, une évidence s'impose : il est devenu indispensable de professionnaliser le développement des acteurs du parasport (qu’ils soient issus du sport ou du médico-social) en déployant une véritable démarche d'ingénierie de projet et d'entrepreneuriat social. Quand on regarde les choses en face, la plupart des dispositifs existants s’arrêtent à la technique pure (adaptation du matériel, cadre légal, personnalisation de la pratique et de l'environnement, promotion de la santé et du bien-être). C'est évidemment indispensable, mais sur le terrain, ça ne suffit tout simplement pas. La réalité, c'est qu'un projet parasportif ne survit pas bien longtemps si l'on se contente d'animer de chouettes séances au jour le jour. Dans le quotidien des ESMS (Établissement Médico-Social) comme des clubs, ce qui permet à une action de s'enraciner pendant des années au lieu de s’éteindre au bout de trois mois, c’est l’ingénierie de projet : savoir monter un dossier qui tient la route, aller chercher des subventions publiques et du mécénat d’entreprise, valoriser ce que l'on fait avec une communication qui touche juste, et bâtir de véritables écosystèmes locaux durables entre l’entreprise, le médico-social, le sport et les acteurs publics. C’est cette approche concrète que nous incarnons à travers le projet d’alliance pour le parasport que j’ai lancé à la rentrée de septembre. Pour sortir de la précarité financière et garantir aux personnes accompagnées un cycle pérenne de 36 séances hebdomadaires sur toute l’année scolaire, nous avons réuni ces quatre acteurs clés d'un même quartier :
● l’ESMS, qui formule les besoins réels de ses résidents et prépare leur ouverture vers la ville.
● le club sportif para-accueillant, comme l’Association Apollo, qui assure un encadrement sécurisant et sur-mesure en petits groupes de dix personnes maximum et, les réseaux de salles de sport privées, comme Apollo Sporting Club, qui mettent à disposition des créneaux sur les heures creuses.
● les acteurs publics locaux (mairies, services des sports), qui jouent un rôle précieux de tiers de confiance pour ouvrir les gymnases, ancrer l'action dans la cité et faciliter la mise en relation avec le tissu économique local.
● l’entreprise voisine mécène, mobilisée au coin de sa rue, en finançant le cycle annuel via l'ESMS (avec 60 % de réduction d'impôt au titre du mécénat), active un puissant levier de marque employeur et d'attractivité des talents en offrant à ses équipes une utilité sociale concrète et visible dans leur quartier. C'est une aventure humaine et d'image complète : naming de la promotion tout au long de la saison, séance partagée « Boxe pour tous » sur le ring entre collaborateurs et bénéficiaires pour faire tomber les barrières, visibilité territoriale ciblée sur les réseaux, et mise en lumière officielle lors des galas de boxe où les filleuls montent sur le ring devant les partenaires. Et puis, il y a un angle mort majeur qu’on oublie encore trop souvent : la mesure d'impact. Aujourd’hui, le cœur et la bonne volonté ne suffisent plus pour convaincre des partenaires ou une direction d'établissement ; il faut pouvoir prouver ce qui change réellement dans la vie des gens. Dans notre étude d'impact 2026, 91 % des équipes médico-sociales confirment que le format justifie pleinement ces investissements, et sur le plan humain, on constate 85 % de baisse des angoisses, une remobilisation corporelle spectaculaire et une fierté retrouvée.
Savoir mesurer l’utilité de son action, c'est aussi éclairer et guider la décision des entreprises et des collectivités, pour qu’elles restent durablement engagées aux côtés des ESMS et des associations sportives. Sur le plan de la confiance et de la satisfaction, les résultats du programme de “Boxe pour Tous” dépassent largement les espérances, avec un Net Promoter Score (NPS) de +63. Quand on sait qu'un score au-delà de +50 est déjà considéré comme excellent, atteindre +63 montre à quel point les équipes adhèrent au projet. Cet enthousiasme a transformé les partenaires en véritables ambassadeurs, générant la mise en relation avec 48 nouveaux établissements cette année. Surtout, 91 % des répondants affirment sans détour que le format de ce programme justifie pleinement l’attribution de financements, qu'ils soient publics ou privés.
3/ Quels projets pour votre formation ?
C'est précisément cette méthodologie complète, opérationnelle et vivante que nous transmettons dans notre formation : « Réussir un projet Sport & Handicap : donner envie et mettre en pratique », réalisée en partenariat et délivrée par Galileo Global Education (certifié Qualiopi). Depuis la loi du 2 mars 2022 visant à démocratiser le sport en France et le décret n° 2023-621 du 17 juillet 2023, chaque ESMS doit désigner et former un Référent en Activité Physique et Sportive (APS). Notre récente étude d'impact Sport & Handicap 2026 (menée auprès de 54 ESMS) montre que si 61 % des établissements ont nommé leur référent, ils sont déjà 43 % à prévoir une formation spécifique pour monter en compétences. Or, l'offre actuelle se concentre essentiellement sur le volet sportif. C'est indispensable, mais incomplet ! La brique manquante pour pérenniser ces actions, c'est la méthode, l'ingénierie de projet, la recherche de ressources, la communication, le travail en réseau et l’évaluation.
La formation s’adresse conjointement aux professionnels du médico-social (directeurs, référents APS, éducateurs, chefs de service) et aux acteurs du sport (clubs, services des sports de collectivités, comités, universités STAPS). Elle s'articule autour de 4 blocs clés, alignés sur les objectifs de la Stratégie nationale Sport & Handicap 2030 :
Au-delà des sessions de 2 jours, nous créons un véritable écosystème d’entraide :